Équivalences superficielles : vos m² fantômes (324 T)
Mis à jour le 21 août 2026
En bref : votre taxe foncière n'est pas calculée sur la surface de votre logement, mais sur une surface pondérée à laquelle l'administration ajoute des mètres carrés fictifs au titre de vos équipements : les équivalences superficielles (article 324 T de l'annexe III au CGI). Le barème est figé depuis 1970 et ne compte, en droit, que les éléments en état de fonctionnement. Une baignoire déposée, un vide-ordures muré ou un chauffage central retiré continuent pourtant d'être comptés tant que personne ne le signale, et gonflent la base chaque année.

Sommaire de l'article
Un propriétaire qui mesure son appartement au mètre près et le compare à sa fiche d'évaluation découvre presque toujours le même écart. Sa surface réelle fait 86 m². L'administration en compte 165. Ce n'est pas une erreur de mesure : c'est un mécanisme réglementaire que presque personne ne connaît, et l'un des postes d'écart les plus fréquents que nous constatons.
Qu'est-ce qu'une équivalence superficielle ?
En 1970, l'administration a dû trouver un moyen de refléter le confort d'un logement dans son imposition. Un appartement avec eau courante et chauffage central ne valait pas, en loyer, un logement sans commodités.
Plutôt que de créer un coefficient, le législateur a choisi une convention simple : chaque élément de confort est converti en mètres carrés, et ces mètres carrés sont ajoutés à la surface du logement. C'est ce qu'on appelle une équivalence superficielle. Elle produit une surface pondérée totale, qui est la vraie base de votre calcul.
La règle. Article 324 T de l'annexe III au code général des impôts : la surface pondérée totale de la partie principale s'obtient en ajoutant à sa surface pondérée nette les surfaces représentatives des éléments d'équipement en état de fonctionnement.
Retenez les cinq derniers mots. En état de fonctionnement. C'est toute la question.
Quels équipements sont convertis en mètres carrés ?
Le barème figure à l'article 324 T. Il n'a pas été révisé depuis sa création. Parmi les postes les plus courants :
- une baignoire : 5 m² ;
- un lavabo ou autre équipement sanitaire : 3 m² ;
- un poste de W.-C. : 3 m² ;
- le raccordement à l'égout : 3 m² par propriété ;
- un vide-ordures : 3 m² ;
- le chauffage central : 2 m² par pièce et annexe sanitaire.
Le barème complet couvre également l'eau, le gaz et l'électricité. Il est consultable intégralement sur Légifrance.
Le poste le plus lourd est presque toujours le chauffage central, parce qu'il se multiplie. Un cinq pièces avec salle de bains ne reçoit pas 2 m² : il en reçoit 12 ou 14 selon le décompte retenu. Le nombre de pièces retenu pour le chauffage central sur votre fiche est un décompte, donc une source d'erreur mécanique à contrôler en priorité.
Pourquoi un équipement supprimé continue-t-il d'être compté ?
Parce que l'administration ne visite pas les logements. Elle applique les données enregistrées lors de la dernière déclaration connue, qui remonte parfois à la construction du bien. Entre-temps, la vie du logement a continué sans elle.
Les trois situations que nous rencontrons le plus souvent :
- une baignoire remplacée par une douche, ou déposée lors d'une rénovation, alors que les 5 m² restent comptés ;
- un chauffage central collectif supprimé au profit de convecteurs individuels, alors que les 2 m² par pièce restent comptés ;
- un vide-ordures condamné par la copropriété, souvent dans les années 1990 ou 2000, alors que les 3 m² restent comptés dans tous les lots de l'immeuble.
Ce dernier cas est instructif : quand un immeuble mure son vide-ordures, ce n'est pas un logement qui est concerné, ce sont tous les logements de l'immeuble, et pendant toutes les années qui suivent.
Équipement en panne ou équipement supprimé : la différence décisive
C'est l'endroit où une réclamation mal argumentée échoue. Un chauffage central en panne reste un équipement existant : il continue d'être compté, et c'est régulier. Un chauffage central déposé, dont les émetteurs et la production ont été retirés, n'est plus un équipement en état de fonctionnement : il ne doit plus être compté.
La frontière n'est pas l'usage, c'est l'existence matérielle. Une réclamation qui invoque un équipement « qui ne sert plus » sera rejetée ; une réclamation qui établit une dépose, pièce à l'appui, ne le sera pas.
Le cas des logements à usage mixte
Lorsqu'un local sert à la fois d'habitation et à l'exercice d'une profession, la surface représentative des éléments d'équipement se répartit proportionnellement entre les deux usages (article 324 U de l'annexe III au CGI). Un professionnel installé chez lui a donc un motif de vérification supplémentaire.
Comment le vérifier sur votre fiche 6675-M ?
Les équivalences superficielles ne figurent pas sur votre avis de taxe foncière, qui ne donne qu'un montant. Elles figurent sur la fiche d'évaluation n° 6675-M, le document officiel que l'administration détient sur votre logement, communicable sur demande.
La méthode tient en quatre gestes :
- demandez votre fiche 6675-M au service départemental des impôts fonciers de votre commune ;
- repérez la ligne de surface réelle, mesurée au sol entre les murs ;
- repérez le bloc des éléments de confort et le total des équivalences ajoutées ;
- comparez chaque équipement listé à ce qui existe réellement chez vous aujourd'hui.
Notre guide sur la fiche d'évaluation 6675 détaille la lecture complète du document, bloc par bloc.
Un écart sur les équivalences ne se lit jamais en pourcentage du montant. Il se lit en mètres carrés ajoutés, qu'il faut ensuite multiplier par le tarif communal au mètre carré, puis par les taux votés. Un écart de 8 m² fictifs pèse plus lourd dans une commune à taux élevé que dans une commune à taux faible.
Que faire si l'écart est confirmé ?
Vous ne contestez pas le montant de votre taxe. Vous demandez la correction d'une donnée d'évaluation, ce qui n'est pas la même démarche et ne s'argumente pas de la même façon. Deux choses comptent.
La preuve. Une dépose s'établit par une facture de travaux, un procès-verbal d'assemblée générale pour un vide-ordures, un constat, ou des photographies datées. Une affirmation ne suffit pas.
Le délai. La réclamation se dépose jusqu'au 31 décembre de l'année qui suit celle de l'avis. Passé ce terme, l'année est acquise.
La correction obtenue, quand elle l'est, ne vaut pas seulement pour l'année contestée. Elle rectifie la fiche d'évaluation, donc elle vaut pour toutes les années suivantes.
Ce que fait Orka. Nous récupérons votre fiche 6675 auprès de l'administration, nous analysons chaque paramètre, dont les équivalences superficielles, et nous construisons le dossier de réclamation avec ses pièces. Vous le déposez vous-même sur votre espace impots.gouv.fr et vous restez signataire de votre démarche. 78 € par bien, dépendances incluses, sans pourcentage sur ce que vous récupérez.
Ce qu'il faut retenir
Les équivalences superficielles sont le seul endroit du calcul où votre taxe foncière facture quelque chose qui n'existe peut-être plus. Elles sont fixées par un barème de 1970, jamais révisé, appliqué à partir de données que personne n'a mises à jour depuis.
- Votre base de calcul repose sur une surface pondérée, pas sur votre surface réelle.
- Les équipements de confort y ajoutent des mètres carrés selon un barème fixe.
- Un équipement déposé ne doit plus être compté ; un équipement en panne continue de l'être.
- Seule la fiche 6675-M permet de le vérifier, et elle s'obtient gratuitement.
Personne ne viendra vérifier chez vous. Tant que l'écart n'est pas signalé, il est reconduit chaque année, et il se paie chaque année.

Me Gary Cahn, avocat fiscaliste
Avocat fiscaliste au Barreau de Paris, cofondateur d'Orka.tax
Cofondateur de Neora Avocats, il pilote la conception d'Orka.tax et supervise la préparation des dossiers de réclamation.
↑ Cet article fait partie du guide Comment est calculée ma taxe foncière.


